Un constat simple, seulement deux films américains concourent cette année pour la Palme d’or. A cela, on peut rajouter d’autres signes qui ne trompent pas, comme le nombre très restreint de stars américaines, attendues pour la descente sur le tapis rouge. Il ne faut plus se voiler la face, le festival de Cannes, apparaît de moins en moins attractif pour l’industrie cinématographique hollywoodienne.

Bien sûr, le prochain Star Wars, est présenté hors compétition pour sa première. Cependant, pour 21 films en lice pour la palme d’or, la seule présence de BlacKKKlansman de Spike Lee, produit par Universal, et Under the Silver Lake de David Robert Mitchell, par un producteur spécialisé dans le cinéma indépendant apparaît bien faible.

Les raisons à cette défiance sont de plusieurs ordres. Tout d’abord, Hollywood s’est toujours méfié de « l’intelligentsia » et la critique cannoise, souvent prompte à adopter des postures. La critique cannoise peut s’avérer particulièrement acerbe. Ce qu’elle fit, avec les Américains Gus Van Sant et Sean Penn, dont les films furent hués lors des éditions 2015 et 2016. On se rappelle aussi de l’accueil fait en 2006 à Da Vinci Code de Ron Howard en ouverture. De plus, « Être à Cannes est un pari, car il est expressément demandé que le film ne soit projeté dans aucun autre festival », rappelle Jason E. Squire, enseignant le cinéma à USC Cinematic Arts à Los Angeles. Enfin, Cannes s’adresse plus à l’industrie du cinéma, alors que les autres festivals sont ouverts au public, et Toronto par exemple n’a même pas de compétition.

Une autre raison se dessine au fur et à mesure. Andrew Pulver, journaliste au Guardian, explique, « l’importance prise par la course aux Oscars n’aide pas Cannes ». Tout est une question de timing et de gros sous. Le journaliste précise, « les grands noms du cinéma indépendant, qui veulent être dans la course aux Oscars, préfèrent une première en août ou en septembre, donc Venise plutôt que Cannes ».

Pour étayer ces propos, on peut en effet remarquer que parmi les grands gagnants des Oscars en début d’année, La Forme de l’eau de Guillermo del Toro avait d’abord remporté le Lion d’or à Venise. Précédemment, La La Land avait triomphé à la Mostra, valant à Emma Stone un prix d’interprétation, avant de rafler un Oscar.

A tout cela, il faut rajouter, l’absence du triste, mais important Harvey Weinstein, un habitué du festival, qui a amené nombre de stars et films à Cannes et de starlettes dans sa chambre.

La bonne nouvelle vient du côté du jury, présidé cette année par la très Hollywoodienne Cate Blanchett. La composition du jury, réussi là ou le festival pêche, c’est-à-dire mélanger harmonieusement glamour, contrainte médiatique et exigence artistique.

Une piste à suivre, car il apparaît impensable que le festival de Cannes puisse se passer d’Hollywood.

Crédit photo : Cinencuentro