Comme on peut aisément l’imaginer, le bras de fer entre les syndicats et le gouvernement à propos du futur de la SNCF, et des cheminots est scruté, et disséqué, par de nombreux opérateurs privés. Ceux-ci, attendent le résultat des courses pour éventuellement se positionner sur un marché largement convoité.
En tête de gondole, on retrouve Transdev, l’opérateur privé français, présent dans le secteur ferroviaire dans plusieurs pays comme l’Allemagne ou la Suède. Son PDG, Thierry Mallet, ne cache pas son intérêt pour la fin du monopole de la SNCF, surtout sur le réseau régional, et il reste attentif aux modalités de l’ouverture à la concurrence.
Il se veut très clair en déclarant pour entrer dans la danse, « il y a deux conditions à la réussite de la réforme ferroviaire : mettre en place une véritable ouverture à la concurrence permettant aux nouveaux entrants de détenir une part de marché significative, mais aussi une organisation du travail différente, plus souple que celle que nous connaissons aujourd’hui« . Il rajoute, « il ne faut pas rigidifier le modèle social et faire en sorte que le statut et les conditions de travail qui existent à la SNCF soient imposés aux nouveaux entrants, sinon nous ne bougerons pas ».
Le mot d’ordre pour celui, qui est aussi le président de l’UTP, l’union des transporteurs publics, c’est plus de flexibilité du travail et la polyvalence des équipes sur le terrain. Ces deux conditions sont indispensables pour l’amélioration de la qualité de service et de la rentabilité. Il veut se servir et faire valoir son expérience allemande, pour affirmer ces options. Il soutient le même principe d’ouverture progressive que le marché allemand, où 24 ans après l’ouverture à la concurrence, « la Deutsche Bahn est aujourd’hui aussi compétitive que les acteurs privés ».
Il se veut surtout, le sauveur des petites lignes très onéreuses en l’état actuel, et qui selon lui, sont menacées même si le gouvernement a garanti leur maintien, pour des raisons de coûts.
Étonnamment, Thierry Mallet se dit prêt à conserver des éléments du statut des cheminots, comme « la rémunération, la garantie de l’emploi, certains avantages comme les facilités de circulation ou l’accès à la médecine particulière de la SNCF et le système de retraite« . Il va plus loin, pour s’attirer les sympathies envers les employés de la SNCF, « on va faire en sorte d’être attractif. Pour que les cheminots aient envie de venir chez nous. Je suis prêt à les payer plus pour autant qu’on ait une organisation du travail différente ».
Tout réside dans le terme « différente », qui cache en fait, « que plusieurs fonctions puissent être portées par plusieurs personnes ». L’exemple type et classique est, « il faut faire en sorte que le train soit presque géré comme un autocar sur rail avec un chef de train qui est également le conducteur. C’est comme cela que l’on peut avoir un service économique ». Autrement dit, deux pour le prix d’un, et si certains avantages seront maintenus, l’objectif de Transdev est bien, de faire plus travailler chacun pour faire rouler plus de trains avec les mêmes effectifs.
Les « cheminots » sont donc les acteurs d’une comédie, qui les dépassent largement. D’un côté, des investisseurs et des financiers qui lorgnent sur de juteux profits aux dépens des conditions de travail, et pourquoi pas de sécurité, et de confort de voyages. De l’autre, des organisations et des syndicats, qui pourraient faire monter la mayonnaise, non pas pour la simple défense du statut des cheminots, mais bien pour essayer d’initier un grand mouvement, qui les ferait revenir dans le jeu politique et social dans lesquels, leur influence régresse et met en péril leur propre existence.
Crédit photo : Aubrey Morandarte