Une pétition lancée il y a un an, réclamant qu’on lui retire la médaille du prix Nobel, attribuée en 1991, à Aung Suu Kyi recueille désormais 350 000 signatures. Si la requête a peu de chance d’être entendue, le regain d’intérêt pour la démarche, démontre la perte du courant de sympathie envers celle qui a combattu pour instaurer la démocratie dans son pays. Son attitude, son silence et son apathie concernant l’attitude de son pays envers la minorité musulmane des Rohingyas, semblent difficiles à expliquer.

Depuis longtemps déjà, de nombreux troubles ont lieu dans cette partie de la Birmanie. De nombreuses ONG et organisations, dénoncent de terribles répressions. Le conflit s’est envenimé et des commandos rohingyas, certainement bien aidés, ont attaqué une vingtaine de postes-frontières. Les combats, extrêmement violents, ont fait 89 morts, dont 10 policiers. La répression, trop aveugle et sans distinction a touché l’ensemble de la population, en partie innocente. Cette répression a accéléré la fuite de 125 000 Rohingyas vers le Bangladesh voisin selon L’ONU.

De son côté, Aung San Suu Kyi réfute toute accusation de « nettoyage ethnique » à l’encontre des Rohyngias, et évoque « un immense iceberg de désinformation créé pour générer des problèmes entre les différentes communautés et promouvoir les intérêts des terroristes ».

Cette situation met en lumière, une période transitoire bien complexe en Birmanie dans laquelle, il semblerait que l’armée ait gardé encore bien des leviers du pouvoir avec en toile de fond le poids des fondamentalistes bouddhistes, qui ne voient pas d’un bon œil ces représentants d’une autre religion.

Et devant tout cela, une présidente, qui découvre certainement les affres du pouvoir et de ses devoirs. Fini le personnage immaculé de la passionaria de la liberté, l’exercice du pouvoir induit des concessions, des compromissions et des choix difficiles. N’oublions pas, comme l’a dit Lord Acton et l’a expliqué Montesquieu « tout pouvoir corrompt ».

C’est peut-être pour cela, que malgré les événements dramatiques actuels et l’attitude de Aung San Suu Kyi, Olav Njølstad le directeur de l’Institut Nobel norvégien explique « il est impossible de révoquer un prix Nobel de la paix ». Et de marteler, « aucun des comités d’attribution de prix à Stockholm et à Oslo n’a jamais envisagé de révoquer un prix une fois attribué ».

En cherchant bien, on doit pouvoir trouver d’autres prix Nobel de la paix qui ont eu un après, disons moins consensuel.

Crédit photo : Womens’s Forum for the économie ad Society