Voilà une question, qui a bien occupé nos parlementaires. Elle a nécessité une prise de position de la plus haute instance collégiale de la chambre basse, à savoir le Bureau de l’Assemblée nationale. C’est donc officiel, les députés ont le droit de siéger sans veste, ni cravate.

 Cela devrait clore l’épisode de la rentrée parlementaire au Palais Bourbon des députés insoumis, qui a eu lieu fin juin. Ceux-ci ont décidé de se passer de cet attribut vestimentaire. Cela a permis à Jean-Luc Mélenchon, et son groupe d’attirer les regards. Bien conscient du coup médiatique à faire, le leader de la France Insoumise avait déclaré, « nous rejetons les codes vestimentaires qui nous sont imposés. Il y a eu dans cette Assemblée des sans-culottes, nous serons les « sans-cravates ».

 En fait de règlement, il n’y en a pas ! Le port de la cravate dans l’hémicycle n’est pas régi par des obligations, mais plutôt par des us et coutumes, qui depuis environ un siècle et demi, ont pris force de loi dans les deux Assemblées. En cela, elles ne font que suivre la tendance de l’ensemble du milieu politique dans lequel règne la fameuse « nécessité jusque-là observée d’avoir en toutes circonstances une tenue correcte ». Cette tenue correcte se destinant jusqu’à récemment essentiellement à des hommes, la cravate s’est avéré le détail mode clair et indispensable à toute tenue « correcte ».

 De fait, la cravate avait même été confirmé dans son importance dans un compte-rendu d’une réunion du Bureau du 9 juillet 2008 où il avait été précisé, « confirmant, sur le rapport de M. le président, le port obligatoire de la cravate dans l’hémicycle, le Bureau a souhaité rappeler à tous les membres de l’Assemblée la nécessité jusque-là observée d’avoir en toutes circonstances une tenue respectueuse des lieux ». Ce rappel prouve que la tendance au retrait de la cravate couve depuis de nombreuses années.

 Comme d’habitude, on légifère d’abord sur le masculin. Concernant la gente féminine, la tenue correcte exigée a aussi fait parler d’elle. La ministre Cécile Duflot se rappelle sûrement de certaines réactions de ses collègues pour s’être montrée en robe à l’Assemblée. Et pour certains, on se souviendra dans les années 70, que Michèle Alliot-Marie avait pesté « si c’est le pantalon qui vous gêne, je l’enlève » à un membre du personnel qui lui interdisait l’entrée de l’Assemblée, car elle portait un pantalon.

 Notons au passage, qu’en même temps le Bureau a par ailleurs adopté des mesures destinées à compléter le dispositif de lutte contre le harcèlement à l’Assemblée en prévoyant notamment que « chaque collaborateur recevra une information spécifique lors de la signature de son contrat ». Un affichage sera aussi mis en place dans les locaux de l’Assemblée ainsi que dans les bureaux des députés et dans leurs permanences. Il ne faudrait pas que le terme « tenue correcte exigée » ne concerne que les vêtements.

 

Reste à savoir si le mouvement va continuer et si cela ne va pas être le reflet d’une dégradation du rôle et de l’image du parlementaire, et de ce fait de la dégradation de notre système représentatif.

Crédit photo : Magali