La question peut légitimement se poser après l’escalade verbale de ces derniers jours. D’un côté la Corée du Nord, qui se dit prête à une « guerre » contre les États-Unis, et de l’autre, le président Trump promet tout simplement « le feu et la fureur ». Si toutes ces déclarations font partie d’un jeu d’intimidation, elles n’en restent pas moins inquiétantes.

Les inquiétudes sur l’éventualité d’un conflit sont aussi alimentées par la personnalité et l’attitude de Donald Trump. Face à la situation, il adopte un discours moins tempéré que ses prédécesseurs. La puissance de son discours rejoint la puissance de ses moyens militaires. Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique, explique « les mots choisis pour l’exprimer ont peu à peu changé et sont aujourd’hui beaucoup plus offensifs. Ils sont destinés à inquiéter et faire peur. » Les tests successifs de missiles balistiques menés par Pyongyang ont conduit Donald Trump à durcir sa communication. Pour Donald Trump, Kim Jong-Un est passé de « gros, très gros problème » à un « fou avec des armes nucléaires ».

Du côté Nord-Coréen, c’est un peu le contraire. Ce sont les moyens qui rejoignent le discours, car ils ont au fur et mesure acquis des moyens militaires à la hauteur de leurs menaces. Le renseignement militaire américain est persuadé que la Corée du Nord a réussi à miniaturiser l’arme atomique pour l’embarquer à bord d’un missile, y compris intercontinental capable de menacer les États-Unis. Le pays a procédé cette année à deux lancements réussis de missiles intercontinentaux, dont de nombreux experts estiment qu’ils auraient pu atteindre les deux côtes des États-Unis, avec une portée d’environ 10 000 kilomètres. Même si tout ne semble pas encore parfaitement au point, cela a créé une réelle inquiétude chez les Américains.

Il reste que Pyongyang se sert surtout de cette escalade et de son arsenal nucléaire à des fins de politique intérieure, et pour asseoir l’autorité du régime et de son dirigeant qui apparaît comme le protecteur de la nation face à des périls plus ou moins réels. Valérie Niquet confirme que « Kim Jong-un n’a donc aucun intérêt à entrer dans une guerre qui pourrait affaiblir son régime et toute cette technologie qu’il a construite ».

Côté US, il est évident que l’on reste circonspect sur le coût humain, politique et économique que représenterait un conflit, et d’éventuelles représailles contre les intérêts américains en Corée du Sud et au Japon. Le journal L’Express explique, « une guerre conduirait à des centaines de milliers de victimes potentielles, y compris étrangères. Rappelons que la mégalopole de Séoul, située à 50 kilomètres de la frontière, représente près de 25 millions d’habitants dont des centaines de milliers d’étrangers ».

Espérons que la raison l’emportera au final.

Crédit photo : Arnaud Mepoint