Vous ne connaissez peut-être pas le terme anglais « drunkorexia », que l’on peut traduire en français par alcoolorexie. Il désigne une mauvaise habitude de vouloir réduire son alimentation pour pouvoir boire de l’alcool sans se soucier pour sa ligne. C’est un article du magazine « The Independent », qui met en évidence, que plus en plus de femmes sauteraient des repas ou réduiraient sérieusement leur apport calorique journalier afin de dédier ces calories économisées à leur consommation d’alcool.

A priori, ce phénomène, qui n’est pas encore cliniquement reconnu, touche les hommes et les femmes, mais comme on peut s’en douter, la pression sociale met les femmes plus en première ligne. On retrouve d’ailleurs les mêmes mécanismes que l’anorexie, notamment, la crainte excessive de prendre du poids. Selon une récente étude, près de 60 % des étudiantes américaines seraient concernées par cette pratique. Son auteure, Alissa Knight, explique « les symptômes de l’alcoolorexie les plus courants chez les étudiantes sont le fait de sauter des repas (37,5 %), la consommation de boissons alcoolisées sans sucre et à faible indice calorique (46,3 %) et une la pratique d’un exercice physique à la suite d’une soirée alcoolisée pour éliminer (51,2 %).»

Derrière ce mal-être, on retrouve toutes les contradictions, comme celles qui consistent à réduire le fait de boire de l’alcool à un simple geste ou à une maladie. On ne peut pas enlever le caractère social qui se trouve le fait de boire un verre ensemble, et cela reste des moments importants dans un monde où les amis et les connaissances sont de plus en plus virtuels. Bien sûr, il n’est pas question de cautionner la « soulographie », ou de quelconques passages obligatoires du type « avec l’alcool la fête est plus folle », mais juste de remettre les choses à leur place. L’alcoolisme se situe surtout au moment où l’on boit seul.

Il s’agit justement de retrouver les sens de l’équilibre entre d’un côté, des régimes alimentaires, le plus souvent particulièrement déprimants, qui vous promettent essentiellement de devenir comme les modèles photoshopper des magazines dans lesquels d’ailleurs, vous avez trouvé votre régime. De l’autre côté, le diktat toujours plus fort, notamment des réseaux sociaux dans lequel vous devez, non pas « être » mais « appar-être » là où il se doit, et avec une attitude « cool, libre et fun », c’est-à-dire un verre d’alcool à la main.

Dans tous les cas, tout est faux, ou en partie, et cela débouche fréquemment sur l’effet yo-yo, qui désigne cette alternance entre périodes de restrictions alimentaires la semaine, et des week-ends d’excès. Sans compter que boire avec l’estomac vide est particulièrement nocif pour l’organisme. Spécialiste des troubles alimentaires, Rhiannon Lambert s’inquiète « faire cela régulièrement peut provoquer des maladies chroniques touchant le foie et le cœur, au long terme. Cela augmente également le risque de manquer de vitamines et minéraux. S’il est bon de savoir combien de calories contient votre boisson favorite, ne laissez pas cela devenir une obsession ».

Crédit photo : xavier Desmier