Pour du suspense, ça été du suspense. Il a fallu attendre la dernière minute, et la fin du dépouillement des quelque 900 000 votes par correspondance pour départager Alexander Van der Bellen, le candidat écologiste, et le candidat d’extrême droite populiste Norbert Hofer. Au bout du compte, contre toute attente, c’est finalement le candidat indépendant Alexander Van der Bellen soutenu par les écologistes qui l’ont emporté. Rappelons qu’une victoire de M. Hofer aurait constitué la première élection à la tête d’un État de l’Union européenne d’un représentant d’un parti d’extrême droite.

Un scénario incroyable a vu au premier tour, le 24 avril, Norbert Hofer en tête avec 35 % des voix contre 21 % pour Alexander Van der Bellen. Dans le même temps, les candidats du SPÖ (social-démocrate) et de l’ÖVP (conservateurs chrétiens), les deux partis dominants de la vie politique autrichienne, avaient été éliminés. Avant le dépouillement des votes par correspondance du second tour, Hofer était crédité de 51,9 % des voix et Alexander van der Bellen de 48,1 %. Finalement, le Vert Alexander Van der Bellen a été élu avec 50,3 % des voix totalisant 31 026 voix d’avance sur son concurrent du FPÖ.

Ce vote aura des conséquences sur la vie politique autrichienne. D’une part, on note la défiance envers les partis traditionnels, et d’autre part, le partage des votes qui montrent que le candidat écologiste est arrivé nettement en tête dans les grandes villes, chez les plus diplômés et chez les électrices, tandis que le vote rural, ouvrier et masculin s’est essentiellement porté vers l’extrême droite.

Cette victoire ne doit pas constituer l’arbre qui cache la forêt, car pour Norbert Hofer et le FPÖ, un échec à la présidentielle n’est en réalité qu’une demi-défaite. Tout d’abord, parce que l’élection présidentielle autrichienne n’est pas un scrutin majeur. Même s’il dispose du pouvoir de destituer le gouvernement sans avoir à justifier sa décision, le rôle du président est surtout protocolaire, contrairement à celui du chancelier. Les élections primordiales restent pour ce régime parlementaire comme l’Autriche les prochaines élections législatives, prévues en 2018. Le FPÖ compte bien capitaliser sur la dynamique créée pendant la campagne présidentielle pour l’emporter lors de ce scrutin.

Ces résultats ont aussi des effets sur les autres partis d’extrême droite européens qui progressent un peu partout. Ils peuvent se référer au bon score de Norbert Hofer. Une réalité qui offre « les éléments d’une rhétorique fonctionnelle consistant à répéter ce qui s’est produit en Autriche peut devenir réalité dans d’autres pays » explique Martial Foucault, directeur du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). Cela représente aussi une sorte de continuité avec l’apparition d’une droite très conservatrice déjà au pouvoir en Pologne, et en Hongrie où des séries de réformes sur le contrôle des médias et de la justice inquiètent l’Union européenne. Les deux pays refusent également d’accueillir des migrants, tout comme la Slovaquie et la République Tchèque.

On continue à voir grossir les taches brunes dans le ciel européen.

Crédit photo : gruenewien