L’histoire à la base, est assez drôle et sympathique, mais au fur et à mesure, elle devient « la photo » de la difficulté à juger de nombreux cas litigieux, que les progrès de la technologie nous obligent à prendre en compte. Le législateur doit parfois se prononcer sur des sujets apparemment anodins mais lourds de conséquences.

Tout commence en 2011, comme à son habitude, un macaque indonésien du nom de Naruto tente de chiper les affaires des touristes qui passent. Il prend un des appareils du photographe britannique David J. Slater, en mission sur l’île de Sulawesi, et, il fait de super selfies sans le faire exprès bien sûr. En 2014, ces selfies apparaissent, et ont un succès tel, qu’ils en deviennent viraux. Un succès dû en grande partie par sa présence sur Wikimedia, la base de données de photos libres de droits de Wikipedia, qui considère alors que l’image est libre, car prise, techniquement par un animal.

L’affaire démarre quand, en février 2016, L’ONG de défense des animaux PETA poursuit le photographe en justice pour que l’animal soit reconnu comme l’auteur de la photo, car c’est lui qui avait appuyé sur le déclencheur. Ce n’est pas l’avis de la justice américaine qui ne considère pas les animaux comme des auteurs, donc la législation sur les droits d’auteur ne le concerne pas.

Cependant, PETA a fait appel, pour aboutir à un compromis, qui est une première. Le lundi 11 septembre, PETA et David Slater annoncent s’être mis d’accord pour que le photographe reverse 25 % « de tous les revenus provenant de l’utilisation ou de la vente des selfies du singe à des œuvres de charité qui protègent l’habitat de Naruto et d’autres macaques indonésiens », une espèce en voie d’extinction.

Si le macaque n’a pas été reconnu comme l’auteur de la photo, la justice considère que le procès « a lancé une grande conversation internationale sur la nécessité d’étendre les droits fondamentaux aux animaux pour leur bien, et pas en réponse à la façon dont les exploitent les humains ».

Donc, concrètement la réserve de Tangkoko, sur l’île indonésienne de Sulawesi, Naruto et ses congénères seront les bénéficiaires de ces retombées financières dont ils ignorent l’existence.

Pour David Slater, le passage des selfies par Wikimedia, lui ont assuré un franc succès, mais sans lui rapporter beaucoup. Il raconte même au Guardian qu’il n’a pas pu venir au procès, car il n’avait pas assez d’argent et qu’il réfléchissait à se reconvertir en « promeneur pour chiens ». On imagine, en effet que les retombées financières définitives ne vont pas atteindre des millions, mais peut-être un peu plus du côté de la notoriété.

En attendant, pourvu qu’il ne porte pas plainte à l’encontre du singe pour vol de matériel professionnel et entrave à la liberté de la presse.

 

Crédit photo : Rejselyst